Accueillir le printemps au fil des pages, la sélection littéraire de mars

Alors que le printemps vient de pointer le bout de son nez le 20 de ce mois, Journal du Japon vous propose une sélection d’ouvrages parus récemment qui vous permettront de lire sous les cerisiers en fleurs… Que ce soit avec des contes traditionnels, au fil de récits poétiques et glaçants autour de l’astre lunaire ou à travers des textes du célèbre Lafcadio Hearn magnifiquement illustrés par d’antiques estampes, nous espérons que ces lectures vous permettront de vous évader vers le Japon, où que vous vous trouviez !

Fables et légendes de princesses japonaises

Dans la collection Fables et légendes des Éditions Ynnis, nous demandons le petit dernier, tout juste sorti. Dédié aux princesses japonaises, ce nouvel ouvrage vient compléter les trois précédents : Fables et légendes japonaises (2021), Fables et légendes japonaises – Créatures fantastiques (2022) et Mononoké – Histoires de fantômes japonais (2023). Si vous connaissez ces titres, alors vous savez déjà ce qui vous attend dans ce nouveau livre : une sélection de contes venus tout droit du folklore japonais qui profitent pour chacun d’entre eux d’une contextualisation permettant aux lecteurs de comprendre le cadre dans lequel l’histoire s’inscrit ainsi que sa portée culturelle.

Nous retrouvons ainsi dans Fables et légendes de princesses japonaises une sélection de cinq contes qui s’articulent autour de ces nobles : Le Conte de la princesse Kaguya, sans aucun doute l’un des contes les plus populaires de la culture japonaise, aux côtés de ceux de La Princesse du bourg, La Princesse Melon, La Princesse écarlate et le Prince sombre, et enfin, La Princesse bavarde.

Sans surprise, Le Conte de la princesse Kaguya prend à lui-seul la moitié de l’ouvrage. Incontournable de la littérature japonaise, ce récit est un classique qui a fait l’objet de nombreuses versions, sous différents formats.

L’étonnante longévité de cette histoire, constamment renouvelée jusqu’à devenir un classique, prouve que, plus de mille ans après sa première transcription, il parle toujours aux lecteurs et aux spectateurs d’aujourd’hui. Pourquoi ? Tout simplement en raison de ses thèmes : la difficulté à trouver sa place dans un monde qui peut nous sembler étrange, le refus de se conformer aux règles, les artifices auxquels certains ont recours pour obtenir ce dont ils rêvent sans prendre la peine de connaître réellement l’objet de leurs désirs, l’attachement à sa famille et la nécessité de s’en détacher pour grandir, et aussi le fait que des éléments ou des personnes soient comme la Lune : destinés à être contemplés de loin. (p.120-121)

Mais les princesses japonaises ne se limitent pas qu’à la célèbre Kaguya, et c’est ce que nous découvrons avec Fables et légendes de princesses japonaises qui met en avant des récits moins connus, dont certains bien plus récents. Un plaisir sans pareil pour tous ceux qui aiment les fables et légendes nippones. (Roxane)

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Lune rémanente

Ce mois de janvier a vu sortir en librairie un ouvrage de science-fiction japonaise écrit par Masakuni Oda : Lune rémanente. Derrière ce titre intrigant et poétique se cachent en réalité trois récits : une première nouvelle d’un peu plus de 80 pages intitulée Lune retournée, une deuxième légèrement plus longue nommée Pierre de lune et enfin un long récit d’environ 250 pages qui donne son nom au recueil. Avec ces titres, vous l’aurez compris, Lune rémanente nous offre des histoires orientées vers la Lune et la fascination qu’elle peut susciter.

Point de princesse Kaguya ici, mais des personnages envoûtés par la Lune de quelque façon que ce soit, qui se retrouvent dans des situations pour le moins rocambolesques. Magnifiquement écrits et traduits – par le célèbre Patrick Honnoré – ces trois récits composent un diptyque poétique et terrifiant qui ne laissera personne indifférent… Vous ne verrez peut-être plus jamais l’astre lunaire de la même manière !

Si Lune retournée peut faire écho aux récits kafkaïens de l’auteur japonais Kôbô Abe avec une histoire située à mi-chemin du monde réel et du rêve en abordant les angoisses existentielles, Pierre de lune vient distorde plus encore la réalité pour créer une atmosphère unique dans un glissement cauchemardesque vers un récit surréaliste qui fourmille d’idées en tous genres. Bien que l’intrigue puisse sembler un peu plus longue à se mettre en place, le rythme s’accélère vite, très vite, et l’auteur n’hésite pas à aller dans des descriptions assez violentes. Lune rémanente, quant à lui, est un vrai récit de science-fiction situé dans un avenir (pas si) lointain pour mieux questionner les dérives de notre monde actuel : gestion de pandémie, montée du fascisme, rapports de pouvoir, peur de l’autre, etc. Et ce, toujours sous couvert d’influence lunaire.

Le capitalisme d’État avait rapidement gagné le monde entier au cours des années 2020, sur des bases populistes, nationalistes et racistes, suivant en cela les traces de la Chine, de la Russie et du Moyen-Orient. Dans quelque pays que ce soit, l’arnaque consistait à cimenter un soutien populaire en condamnant le totalitarisme dans les discours, tout en mettant la population en position d’attendre jambes écartées de se faire enfoncer. De fait, le Premier ministre Shimojô pouvait claironner sans ironie, au nom du Parti National : « Une dictature est impossible dans un pays développé comme le Japon », ou encore : « Pour passer de la démocratie à la dictature, il faudrait d’abord que l’homme évolue en sens inverse et redevienne un singe ». Mais il était bien là pour couver la dictature aux œufs d’or. (…) Certes, Shimojô était un menteur patenté et un matamore d’une vulgarité affligeante, même ses supporters le savaient, mais au moins il était sûr de lui. Il donnait l’impression de connaître les réponses.

Ancré dans un Japon du futur, Lune rémanente fait aussi écho à des récits et croyances mythologiques (inspiration des loups-garous) du monde entier et va jusqu’à glisser des références à la Rome antique (avec un pastiche des combats de gladiateur) tout en gardant une ligne très réaliste et visionnaire.

Des récits touchants, intelligents et très bien écrits qui vous feront vous évader, réfléchir et rêver. À lire d’urgence si ce n’est déjà fait ! (Nina)

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Sur le Mont Fuji

Les éditions À propos (à qui nous devons entre autres les Promenades japonaises d’Emile Guimet et le Bestiaire japonais de Nelly Delay) nous ont régalés le mois dernier d’un nouveau titre dédié au Japon dans leur catalogue. Sur le Mont Fuji récits et contes est un recueil de textes du ô combien célèbre auteur d’origine hollandaise naturalisé Japonais en 1895 : Lafcadio Hearn, qui prendra là-bas le nom de Yakusho Koizumi. Grand voyageur, professeur d’anglais et de littérature anglaise, il contribuera notamment à sauvegarder les légendes et contes ancestraux en les compilant en anglais. Le présent recueil nous propose dix textes aussi différents que complémentaires entre récit de voyages, fragments de vie quotidienne et contes traditionnels.

« Ne manquez pas de noter vos premières impressions aussitôt que possible, m’avait dit avec bienveillance un aimable professeur anglais que j’eus le plaisir de rencontrer peu après mon arrivée au Japon. Elles sont évanescentes, vous savez, elles ne vous reviendront jamais, et pourtant de toutes les sensations étranges que vous pourrez éprouver dans ce pays, vous n’en ressentirez aucune d’aussi charmante que celles-ci. » (Ma première journée en Orient)

Le premier texte est une véritable mine d’or d’informations sur le Japon du XXe siècle et une plongée enchanteresse dans laquelle l’auteur nous prête ses cinq sens pour explorer ce pays rêvé. Un voyage dans le temps et dans l’espace magnifiquement illustré par de multiples estampes qui rythment les récits. Beaucoup de paysages, mais aussi des portraits, des scènes de la vie quotidienne ou des personnages mythologiques. Si les textes de Lafcadio Hearn ont déjà été maintes fois publiés dans notre langue, cette édition qui propose la traduction revue de Marc Logé les sublime par la beauté de ses illustrations.

J’écoute pendant quelques temps les voix de la ville. (…)

U-mu-don, yai-soba yai ! C’est le vendeur de soba chaud (sarrasin japonais), qui fait sa première tournée.

Umai handan, machibito endan, usemono ninsô kaso kichikyô no urainai ! Le cri du diseur de bonne aventure ambulant.

Ame-yu ! Le cri musical du vendeur de mizuame, le sirop sucré et ambré qu’aiment les enfants. (La capitale de la province des dieux)

Lafcadio Hearn nous livre ses impressions comme il les vit, n’hésitant pas à insérer les termes japonais qu’il entend et à nous les expliquer au fur et à mesure.

Extrait du livre (L'histoire d'Umetsu Chûbei

Dans Ma première journée en Orient et Fuji no Yama, l’auteur se fait guide, dans L’histoire d’Umetsu Chûbei et L’histoire de O-Tei, il devient conteur… Qu’il parle à la première personne ou soit narrateur omniscient, il sait happer les simples lecteurs curieux d’ailleurs comme les passionnés du Japon en quête de connaissances plus poussées ! (Nina)

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Avez-vous pu trouver votre prochaine lecture parmi cette sélection ? Nous vous souhaitons à toutes et à tous de beaux voyages littéraires en cette saison des cerisiers…

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