Oshi no Ko : anime vs drama
Au Japon, lorsqu’un manga rencontre un franc succès, il n’est pas rare qu’une adaptation en anime voie le jour. C’est une belle récompense pour la qualité du travail du mangaka. De manière plus occasionnelle, certains mangas ont une adaptation en film, ou encore en drama. C’est le cas par exemple de Alice in Borderland, dont Netflix a annoncé la saison 3.
Selon le support, l’adaptation d’un manga peut se heurter à différents obstacles. Journal du Japon vous propose un cas d’étude à travers l’analyse comparative de la version animée et drama du célèbre manga à succès de ces quatre dernières années : Oshi no Ko.
Au cœur de l’industrie du divertissement japonaise
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Oshi no Ko peut se targuer d’avoir un scénario plutôt original. L’oeuvre permet de plonger dans les coulisses de l’industrie du divertissement japonais, par le biais des idols, des comédiens, des acteurs et des influenceurs. À travers le regard de Aqua et Ruby, enfants cachés de l’idole Aï Hoshino, on assiste à une véritable dissection de cet univers aux codes bien particuliers.
Le scénario mêle fantastique et réalisme. Goro Amamiya, obstétricien-gynécologue, et fan inconditionnel de l’idole Aï Hoshino à ses heures, se retrouve à devoir gérer l’accouchement de cette dernière, le tout dans le plus grand des secrets. Assassiné le jour de la naissance des jumeaux, il est alors réincarné dans le corps du fils, Aquamarine, conservant tous les souvenirs de sa vie antérieure. En parallèle, Sarina Tendōji, ancienne patiente de Goro et décédée de maladie, est réincarnée dans le corps de la fille d’Aï, Ruby. Ni l’un ni l’autre ne savent qui ils étaient dans leur ancienne vie. Ils partagent la même fascination pour leur idole, devenue leur mère.
Quatre ans plus tard, un fan, qui se révèle être le meurtrier de Goro, assassine Aï à son domicile. Aqua décide de consacrer sa vie à traquer la personne qui a orchestré cette tragédie et à la tuer. Soupçonnant son père biologique, également issu du monde du divertissement, il devient acteur dans le seul et unique but de le retrouver et de venger sa mère. C’est ainsi qu’il rencontrera Akane, dont il va utiliser l’intelligence pour arriver à ses fins.
Quant à Ruby, elle décide de suivre les traces d’Aï en devenant idol, ne se doutant nullement de la vendetta de son frère. Elle redonne vie au groupe de sa mère, B-Komachi, en s’associant à Kana, enfant-actrice en quête de succès, et Memcho, une Youtubeuse rêvant de devenir idol.
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Les défis d’une adaptation réussie
Le défi principal de l’adaptation d’un manga traitant de musique et de cinéma, que ce soit en anime ou en drama, est de parvenir à proposer un contenu immersif au spectateur. Dans le cas d’Oshi no Ko, Aqua et Ruby sont respectivement acteur et idol. Il y a donc tout un univers artistique à créer pour apporter une dimension réaliste et cohérente au contenu.
Si les studios d’animation peuvent faire de petites merveilles, ce challenge est plus difficile à relever en prise de vues réelles. Un drama ne peut pas reprendre tous les codes d’un manga à 100%. Intéressons-nous justement aux différences et similitudes entre les deux supports.
Les atouts et limites des différents supports
Concernant Oshi no Ko, un épisode d’anime dure 25 minutes environ, contre 47 en moyenne pour le drama, respectant ainsi les formats traditionnels de chaque support. Le découpage est également différent. L’anime se compose de deux saisons de onze et treize épisodes. Quant au drama, il propose une seule saison de huit épisodes, récemment complétée par un film sorti uniquement au Japon : « The final Act« .
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Les deux supports couvrent quasiment la même partie de l’intrigue originale, mais le drama va légèrement plus loin que l’anime. Il peut donc être intéressant pour le spectateur de visionner les deux. Grâce à des rythmes propres à chaque format, même si une légère impression de déjà-vu est indéniable, on a quand même l’impression de regarder deux versions distinctes. Le drama n’est pas seulement une pâle copie de l’anime et amène une autre vision de l’histoire.
De plus, cette version live a un avantage non négligeable. Un épisode d’anime étant plus court, mais les saisons plus longues, l’intrigue se déroule plus lentement. On peut parfois accuser des scènes un peu répétitives ou traînant en longueur sans aller à l’essentiel. L’épisode de drama, au rythme plus soutenu, permet d’avancer plus vite dans l’intrigue et de donner envie au spectateur d’aller plus loin dans le récit. On élimine les anecdotes secondaires et on va à l’essentiel. L’immersion est donc réussie, mais peut souffrir d’un développement trop léger des personnages aux yeux des spectateurs.
L’anime reste plus complet et fidèle à l’œuvre originale, en conservant tous les personnages secondaires et les mini-intrigues parallèles. Ainsi, visionner le drama après l’anime peut donner la sensation que le premier survole ou omet de nombreux éléments. C’est malheureusement inévitable : les deux saisons de l’anime durent environ 600 minutes, contre 376 pour le drama. Des choix scénaristiques sont alors nécessaires pour rendre le contenu cohérent.
Le découpage des saisons de l’anime est thématique. La première pose l’intrigue et introduit tous les personnages-clefs, ainsi que leur rôle. Dans la seconde, plusieurs personnages intègrent le tournage d’une pièce de théâtre, elle-même adaptée d’un manga à succès : Tokyo Blade. Le récit gravite essentiellement autour de la mise en scène de cette pièce, et des conséquences qui en découlent. L’unique saison du drama fusionne ces deux arcs, pour une dynamique totalement différente mais pour le moins fluide.
Des effets visuels pour une immersion totale
De ce point de vue, l’anime est complètement avantagé. Le charadesign peut aisément respecter au maximum l’univers original du manga, que l’animation viendra sublimer en donnant vie à l’œuvre papier. Oshi no Ko, de par son univers, fait la part belle à l’aspect visuel. Entre les costumes des idoles et des comédiens, les décors de scènes de concert ou de théâtre, et l’allure générale des personnages, un soin particulier est apporté à la charte graphique de l’univers.
Bien entendu, le manga d’origine inspire grandement l’ambiance générale. Le but est d’apporter une dimension immersive au contenu déjà existant. C’est un pari réussi pour l’anime qui propose un visuel coloré et agréable. L’équilibre entre la face visible de l’industrie du divertissement, très édulcorée, et celle cachée des coulisses sombres et malsaines, est bien maîtrisé. Les effets spéciaux permettent de se plonger dans une ambiance ou l’autre et de basculer naturellement entre les deux.
La qualité de l’animation est particulièrement bluffante dans la saison deux, notamment pour la mise en scène de la pièce de théâtre Tokyo Blade. Le staff soigne vraiment les effets spéciaux, ainsi que les costumes des comédiens. On assiste à une expérience particulièrement immersive et réaliste, on s’y croirait presque. On alterne constamment entre scènes de la pièce et ressentis des comédiens à travers leur jeu d’acteur.
En prises de vue réelles, il est impossible d’obtenir un résultat identique. C’est notamment grâce à l’utilisation subtile des ombres et des lumières que l’on parvient à recréer l’ambivalence propre à l’univers d’Oshi no Ko. La lumière joue un rôle-clef pour immerger le spectateur dans l’œuvre. Certaines scènes relatant de l’enquête d’Aqua autour de la mort d’Aï sont particulièrement sombres et l’ambiance y est parfois pesante.
Quant à l’adaptation de Tokyo Blade ce n’est plus une pièce de théâtre mais … un drama ! C’était sans doute un choix plus simple en termes de réalisation. Rassurez-vous, l’immersion est tout aussi efficace, et le soin apporté aux costumes très appréciable. Le drama est également avantagé sur d’autres éléments. En effet, la télé-réalité à laquelle participe Aqua, les concerts et clips de B-Komachi ou encore les décors YouTube de Memcho étant issus de la réalité, la retranscription est naturelle et authentique. Le sens du détail est au rendez-vous, des costumes aux décors, en passant par le générique de la télé-réalité, inspirés de contenus existants.
Une musique omniprésente qui sert l’intrigue
Comment ne pas aborder la musique, omniprésente dans l’anime comme dans le manga ? Quel que soit le support, la BGM (Background Music) accompagne plutôt bien chaque épisode. On alterne alors entre des scènes sans musique et celles avec un fond sonore discret mais bien adapté.
Du côté de l’anime, on retrouve deux openings et endings pour chaque saison. Le succès de Idol, interprété par Yoasobi, en fait un titre qui n’est plus à présenter. Cette chanson, qui introduit chaque épisode de la première saison, a un impact fort et reste facilement en tête. Elle dégage une énergie qui correspond parfaitement à l’univers de l’anime. Les paroles sont en vérité la vision d’Aï du monde de l’idoling, où le mensonge est roi. L’anime n’aurait pas la même saveur sans cette musique très réussie. Le clip met en avant tous les personnages-clefs de l’histoire, en guise d’introduction. Le clip officiel se base entièrement sur les scènes de l’anime.
Le second opening, Fatal, interprété par GEMN, a un style plus rap qui tranche complètement avec Idol. Cela permet d’amener la transition entre la première saison, qui met en place l’intrigue et ses protagonistes, et la seconde, qui s’oriente sur l’ascension professionnelle d’Aqua et Ruby et leur vendetta grandissante. Le clip fait la part belle à Tokyo Blade, la pièce de théâtre qui rythme toute la saison deux, tout en mettant en avant la double identité des jumeaux et leur combat vers la vérité.
QUEEN BEE interprète le premier ending, Mephisto. Il illustre également la dualité des personnages principaux, et les liens invisibles du destin. C’est une musique rythmée qui conclut bien chaque épisode. C’est Hitsujibungaku qui propose le second, Burning. L’ambiance est plus sombre et la voix féminine puissante donne l’impression que l’intrigue bascule lentement mais sûrement vers son paroxysme. Le clip dépeint essentiellement Ruby et amène le spectateur vers l’issue de la saison deux, semant son lot d’indices quant à la conclusion de l’anime.
Côté drama, c’est un autre parti pris. Un opening différent introduit chaque épisode, avec des styles totalement éclectiques, qui annoncent la couleur pour le spectateur. C’était une véritable bonne surprise, qui permet de donner le ton par le biais de la musique, de découvrir des artistes talentueux et de s’immerger dès les premières notes. Les clips de chaque opening sont très visuels, bien travaillés et incluent des scènes non présentes par la suite. Il est donc important de les visionner car on obtient des informations supplémentaires sur le récit, grâce aux images. L’ending est quant à lui une musique instrumentale, identique à chaque fin d’épisode.
Enfin, les chansons de B-Komachi, le groupe de Ruby, sont les mêmes dans l’anime et le drama. Typiques des musiques d’idols, elles sont très rythmées et entraînantes. Dans le drama, les chansons sont interprétées par les actrices elles-mêmes. La chanson « Warera kanzen muteki no Idoru » est exclusive au drama.
Oshi no Ko : anime ou drama ?
C’est au spectateur de choisir le format qu’il préfère. Chaque adaptation a ses atouts et ses limites, et le ressenti est propre à chacun. Il apparaît peu pertinent de faire une distinction nette entre les deux, chacune ayant un potentiel non négligeable. Il est de toute évidence impossible de traiter l’intégralité d’une œuvre originale, il y aura toujours des concessions à faire.
Un style propre à chaque format
L’anime permet d’aborder en profondeur la personnalité des personnages. Les épisodes sont parsemés d’intrigues secondaires amusantes et généralement issues de l’œuvre originale. Le spectateur n’adhérant pas aux codes des anime avec notamment des mimiques et dialogues volontairement exagérés trouvera davantage son compte dans le drama. Il en ira de même pour celui qui veut aller à l’essentiel sans s’encombrer d’histoires parallèles à l’intrigue principale. Cependant, pour les fans du manga original, l’anime reste le format le plus fidèle, tant visuellement qu’au niveau du déroulement du récit.
Le drama propose une vision différente en apportant une dimension plus réaliste au contenu. Malgré le format court, le caractère et l’histoire des personnages principaux sont bien traités et cohérents. Cependant, le léger surjeu ou l’exagération des acteurs, dans un souci de coller à l’ambiance originale, peut ne pas faire l’unanimité. On critique souvent les adaptations de manga en drama pour l’effet « cosplay » et le manque de profondeur du résultat final, en voulant trop correspondre au manga. Oshi no Ko se démarque de ce côté-là en proposant un contenu soigné, équilibré et plutôt convaincant.
Des personnages hauts en couleurs et attachants
Certains personnages présents dans l’anime ne le sont pas dans le drama. Il peut s’agir notamment de personnages très secondaires comme les camarades de classe de Ruby. Cependant, un personnage-clef de la saison deux de l’anime n’existe tout simplement pas dans le drama, qui amène donc l’intrigue différemment. Il est possible que, alors que l’anime embrasse complètement la touche fantastique du scénario, le drama cherche à conserver un aspect le plus réaliste possible en ne conservant que le concept de réincarnation. Après tout, c’est une croyance présente dans le bouddhisme, l’une des religions principales au Japon.
Les personnages principaux sont bien abordés dans les deux œuvres. Kana et son caractère bien trempé se démarque par ses réactions expressives et exagérées. Aqua conserve son flegme caractéristique, et Ruby son enthousiasme contagieux. De manière générale, les personnalités sont similaires d’une œuvre à l’autre. Côté physique, dans le drama, on pourrait au départ être freiné par le côté « cosplay » des personnages principaux. Une fois la surprise passée, on s’habitue à l’apparence de chacun et l’interprétation juste des acteurs donne un résultat cohérent et plutôt réussi.
Les comédiens de doublage de l’anime sont très talentueux et ont réussi à totalement s’approprier leur personnage, pour une immersion complète. Le personnage de Memcho fait penser à certaines VTubeuses japonaises qui modulent leur voix pour la rendre plus aiguë et donc plus mignonne, du point de vue japonais. Le drama a totalement respecté ces caractéristiques et c’est d’ailleurs la chanteuse Ano qui endosse le rôle de Memcho. Elle se démarque justement par sa voix très modulée et enfantine dans son travail. Nanoka Hara incarne parfaitement le caractère enflammé et impulsif de Kana. Kaito Sakurai illustre très bien la dualité entre Aqua et Goro, et notamment la noirceur du personnage. Enfin, Mizuki Kayashima est très convaincante dans le rôle d’Akane, personnage encore plus complexe dans le drama. De manière générale, le casting est aussi bon des deux côtés.
Des thématiques profondes et impactantes
Que ce soit l’anime ou le drama, on aborde des thématiques complexes. Parmi elles, on peut citer le cyber-harcèlement ou la pression constante des idols et acteurs face à leur public. On découvre aussi la face cachée des télé-réalités et de l’industrie du divertissement, plus malsaine que ce qu’on imagine.
L’anime ne traite pas forcément tous ces aspects en profondeur, afin de garder un ton léger et divertissant. On ne néglige cependant pas la gravité des sujets. Quel que soit le support, le cyber-harcèlement vécu par l’un des personnages lors de sa participation à la télé-réalité est plutôt bien dépeint. Il n’est d’ailleurs pas sans rappeler une véritable tragédie : celle de Hana Kimura, candidate de Terrace House, et décédée des suites d’un cyberharcèlement particulièrement violent. Cela a d’ailleurs fait un peu polémique au Japon à la sortie de Oshi no Ko, bien que l’intrigue du manga ait été écrite avant la triste histoire.
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Les dramas récents accordent une importance particulière à la transmission de messages forts. Oshi no Ko n’échappe pas à la règle et les thématiques évoquées ci-dessus sont abordées plus en profondeur que dans l’anime. Le but est également de sensibiliser à la réalité de l’industrie du divertissement, qui fait pourtant rêver de nombreuses personnes.
Les adaptations de manga sont extrêmement nombreuses, et il y a en de plus satisfaisantes que d’autres. L’anime l’emporte souvent face aux adaptations en prises de vue réelles, car il peut davantage en respecter les codes. Cependant, certaines adaptations en drama dégagent un potentiel non négligeable qui donnent envie de leur laisser une chance. C’est notamment le cas de Alice in Borderland, Oshi no Ko ou encore pour les dramas otaku de la première heure, Hanazakari no Kimitachi e ou Hana Yori Dango.
Chaque spectateur devrait ainsi pouvoir trouver son compte et son style. Journal du Japon conseille vivement aux lecteurs de visionner l’anime et le drama, complémentaires. Ils pourront ainsi découvrir de nouveaux artistes et apprécier l’histoire sous des angles différents. Que vous ayez préféré l’un ou l’autre, voire les deux, n’hésitez pas à faire vos retours en commentaires !
L’anime est actuellement disponible sur Netflix et le drama sur Amazon Prime.